OEUVRES

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BIOGRAPHIE

Ruta Jusionyte est née en 1978 en Lituanie à Klaipeda

1996 : Académie des Beaux-Arts de Klaipeda
1998 à 2001 : Academie des Beaux-Arts de Vilniusa
Diplômée de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Vilnius
S’installe en France
Expose régulièrement depuis 1998 et en France depuis 2002

Participe à des Foires Internationales :
Lille Art Fair 2012
Affordable Art Fair Bruxelles 2010
Art on Paper – Brussels Drawing Fair 2010
ST’ART Strasbourg 2008
Foire Artenim – Grenoble 2007

« RUTA JUSIONYTE ou la traversée du désastre. Les yeux sont un peu plus grands. Les yeux sont des trous. La fragilité est un peu plus grande. Mise à nu de la nudité. Ruta accomplit ce rituel. Ses êtres sont des trous humains. A travers eux, on voit, car il y a des corps autour des trous, par où passe l’infini. Il n’y a plus d’horizon, on leur a enlevé le ciel. L’extérieur n’existe plus : l’extrême intimité, et la plus lointaine qui soit, les a durement sculptés. Peut-être ont-ils la couleur de la boue, et le regard brûlé.

Les êtres rugueux de Ruta, autrefois, ont été brisés de l’intérieur. Et ça continue. La boue brûle encore. Ce sont des êtres densifiés de peine et de lacunes. On ne peut plus leur prendre quelque chose, car ils n’ont plus rien. Ils ont tout perdu, sauf notre humanité. Ils ne sont pas invincibles, un souffle les bouleverse, un reproche les épouvante, et cependant, ils sont invaincus. Ils ont traversé la destruction de tous les dehors, ils sont indestructibles. Ils sont nos frères d’abîme, ils tiendront jusqu’à la fin des temps. Leurs organes ne font plus qu’un. Tout s’est durci, tout s’est concentré. Leur densité est terrible. On s’y briserait le coeur. Seuls les yeux sont plus grands, et aussi leur fragilité… Peut-être hésitent-ils entre la jeunesse interdite et la vieillesse oubliée ? La vie les hante, et la mort les touche. Ils sont toujours à portée de la tendresse. Petit homme d’éternité, au sexe doux, offert à l’immensité. Femme au cœur ballant. Enfant accroché. Tous, ils ne font qu’un. Un seul regard.

Chaque œuvre de Ruta est une île de vie, une obsession sublime. Une résistance ultime, résistante à tout, et formidable de fragilité, a pris corps. Et pourtant quelque chose ne sait plus prendre corps. Les abandons de l’enfance interdisent l’habit de chair. Les désirs ont quitté la route. Indéfinie, improbable, l’indicible attente sidère les regards. La flamme recueille le sommeil des cendres. Espoir latent et puissant, départ en léthargie… Ruta crée dans l’irrécupérable.

Chez elle, il fait grande nuit. Il y a toujours la nuit. Innombrable, interminable. L’univers est sans fond, le jour a fui loin de la peau, et même les yeux sont de nuit… Elle affronte la part d’ombre que l’ordre du jour n’ose affronter, elle dit les trouées de l’être, les corps sacrifiés de nos ombres, et leurs mortelles beautés. Elle sait travailler la terre, sa terre en elle travaille, et ses repères, et l’ancestrale culture des côtes baltes.

Mais la perte des origines a rendu l’air irrespirable. Ces êtres indicibles, poignants et soignants ont la sourde nostalgie des sources vives, des mythes intimes et des légendes secrètes. Ils respirent nos blessures et nos silences. Ils ont des failles, des déchirures, des transparences, des fissures, et des coulées de ciel. Ils incantent nos cicatrices. Ils sont les incarnés et les démunis d’un dialogue sans fin d’elle avec elle-même. Dans elle-même, il y a m’aime, il y a celle qui s’aime, et tous les autres, inséparés. Ils sont la troupe exténuée de nos doubles indéfinis. La tête aussi est plus grande. Elle semble parfois porter un corps si proche et si lointain qu’il vit en dessous, et toujours il se tait. Il est de terre, lui aussi, mais il est porté par ces hauteurs de tête.

Ruta ne s’arrête pas à la souffrance. L’ange a oublié la bête, et le désastre est en fuite. Du spirituel dans l’art… Sculpture à risques, celle de Ruta, car il n’y pas l’ombre d’un divertissement. Pas le moindre mirage de séduction, mais une insidieuse contagion, la haute et implacable présence du grand œuvre. Une compassion extrême et crue. Alchimie ténue de la plus dure présence et de la beauté cruelle.

« A travers moi, l’homme, vers le monde », dit-elle. Le petit peuple de ces humains sans âge, démuni, essentiel, et de taille étrangement réduite, fusionne l’insupportable du trop vécu au dénuement effarant des enfants d’âme. Ces êtres au regard posthume sont nos durs miroirs. Quand tout se tait, infimes, les crocs plantés à l’intérieur, ils parlent sans mot de l’éternelle énigme de l’existence. Ils portent la contemplation jusqu’au bord aigu et tranché d’un horizon toujours noir. Ruta Jusionyte sculpte à vif l’humanité. »
Christian Noorbergen